Santé au travail ou santé du travail ?

 

Au-delà des problèmes récurrents de pénibilité physique du travail, se développent une autre forme de mal-être lié à la déconnexion de plus en plus patente entre travail prescrit et travail réel, qui touche l’ensemble des salariés à tous les échelons de l’entreprise. Seule la mobilisation d’analyses pluridisciplinaires peut permettre une identification de ces problématiques et leur – éventuelle – résolution.

En transformant le sujet de la santé au travail en une question sur la santé du travail, nous souhaitons attirer l’attention sur ce que notre participation à des expertises CHSCT, notre conduite d’études dans le domaine de la santé au travail ou plus généralement la lecture de recherches sur les évolutions du travail nous enseignent. La pénibilité physique du travail n’a pas disparu (travail de nuit, travail en roulement et en horaires décalés, exposition à des produits dangereux, enchainement à un rythme soutenu de gestes répétitifs, exposition au bruit, au travail debout…). Mais une autre tend à se développer, à se superposer à ces pénibilités-là, touchant tous les échelons hiérarchiques et de nombreux secteurs. Le mieux est ici de reprendre ce qu’en dit Yves Clot : «[…] une sorte de déliaison intervient alors dans l’activité de tous les jours entre les préoccupations réelles des travailleurs – une certaine idée du travail et d’eux-mêmes dans le travail – et les occupations immédiates qui leur tournent le dos. Le sens même de l’action en cours se perd quand disparaît le rapport entre les buts auxquels il faut se plier, les résultats auxquels il faut s’astreindre et ce qui compte vraiment pour soi et pour les collèges dans la situation en question. […] Alors on est en activité sans se sentir actif » (page 17).

C’est dans cette déliaison, ce découplage1 entre d’une part le prescrit (en termes de résultats, de ressources de l’organisation du travail, etc.) et le réel du travail (ce qu’il faut faire pour atteindre le but d’un travail de qualité tel que chacun-e se le fixe) qu’il faut aussi chercher les effets pathogènes du travail. Que le salarié sombre dans l’hyperactivité pour faire à la fois ce qu’il estime devoir faire et ce qu’on lui demande de faire, qu’il prenne des risques pour contourner des procédures ou des règles qui entravent son activité, qu’il fasse fi de ses propres normes pour répondre aux objectifs fixés, dans tous les cas, le bien être des salariés est malmené par cette activité contrariée. Et c’est bien en s’intéressant simultanément à l’activité de travail et à son contexte organisationnel, managérial, performatif, que l’on pourra traiter des questions de stress, mal-être et autres troubles psychosociaux qui sont les symptômes des malaises du travail.

1 Notons que nous ne parlons plus d’écart entre le prescrit et le réel.

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